Le Sonisphère à la française, c'est chaud mais c'est bon

Quand on m'a dit "y'a un Sonisphere en France cette année et le Big Four y vient et c'est dans le nord" j'ai du pousser un cri de l'ordre de "WHOUPUTAINONYVAONYVAONYVA" et, avec trois vikings de mes amis, j'y vais.

Nous étions quelques centaines à ne pas avoir été mis au courant assez tôt de la nécessité de réserver le camping, du coup on se retrouve devant le parc Walygator, à quelques kilomètres du site du festival, dans une plaine dure et sans la moindre ombre mais dotée quand même de douches et toilettes. Des navettes sont organisées pour nous mener au site et nous en ramener ; si l'attente est longue à l'aller, au retour c'est peine perdue et presque tous se tapent le trajet à pied dans la nuit noire Lorraine.

Le site est étonnant, c'est... un parking ? En tout cas c'est en trois niveaux et couvert de béton, de bitume, et de gravier bitumé qui laisse des chouettes traces noires sur le pantalon à force de s'y asseoir. Le niveau supérieur accueille les deux scènes du festival, l'une face à l'autre, ça surprend mais comme les concerts se font en alternance c'est cohérent. Au niveau intermédiaire une grande surface de restauration est couverte de bancs entourés par des stands à bouffe et un bar à Guinness et Grimbergen qui est le bienvenu (sérieusement amis Français, faut faire quelque chose parce que votre Kronenbourg là ça ne peut pas durer). Au niveau inférieur se trouve l'entrée du site, une petite scène pour les concerts off, un shop, et une autre série de bancs mais couverts donc ombragé. Profitez-en, c'est la seule zone d'ombre de tout le site ; entre le soleil de plomb et le sol en goudron, faites le calcul.

Les concerts s'enchaînent bien, un peu trop bien même, on n'a pas le temps de bien se placer d'un concert à un autre, surtout quand c'est un set court. L'avantage c'est que comme les deux scènes sont proches l'une de l'autre on a quand même un peu de vue et du son dès le départ.

Le son. Parlons-en. Je ne sais pas qui est ingénieur son pour ce festival, mais il devrait sérieusement songer à changer de métier. Les façades sont peu fournies mais distribuent des basses à ne plus savoir qu'en faire, ce qui fait que dès que ça devient enthousiaste sur la double pédale ou sur la basse (autant dire "tout le temps sauf pendant les solos") on se fait violer les oreilles par une grosse pâte de laquelle les guitares ont bien du mal à se dégager. Moi qui porte des earplugs qui atténuent moins les basses que le reste, vous imaginez ma joie de découvrir cette particularité de l'acoustique locale.

Malgré cela les groupes nous offrent des superbes shows. Une mention toute particulière à Bukowski qui est pour moi la belle découverte du festival, surprise pour Bring Me The Horizon dont les fans ont du adorer la prestation puisque je suisscotché par leur présence de scène sans aimer leur musique. Ma grosse claque du samedi est sans hésiter Gojira, les basses abusives collent quand même bien à leur musique, ou alors c'est qu'ils ont un putain de talent, je ne sais pas trop. Slipknot dans une formation amputée et en couleurs des débuts nous sert un set qui tire vers ses origines et doit avoir un effet "madeleine de Proust" sur bien d'autres que moi, puissant mais teinté d'émotion.

Les Big Four, fidèles à leur réputation, savent faire honneur à leur rang : Slayer sert une belle déferlante de puissance pure sans la moindre pause, la foule vibre au groove d'Anthrax, Megadeth est d'une perfection virtuose presque froide mais impressionnante de précision ; quant à Metallica... METALLICA quoi, deux heures de thrash bien trempé dans les gencives, old-school puissant et rapide devant une foule nombreuse qui apprécie à sa juste valeur l'écran géant (tout le fond de scène en fait) et la juste dose de pyrotechnie.

Des bons souvenirs, des pieds douloureux, un fameux coup de soleil, mais l'envie certaine qu'il y ait un Sonisphere France en 2012, voilà ce que j'en ramène. Il faut souffrir pour avoir des beaux concerts, semble-t-il.


(cet article a été rédigé pour Le Plus, blog du Nouvel Observateur ; ceci est la version que je leur ai soumis, sans édition de leur part)

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