Maybeshewill - Not for want of trying

Au royaume du post-rock et assimilés, il y a les mastodontes Mogwai, Godspeed You! Black Emperor, God is an astronaut, ou autres Explosions in the sky ... et puis il y a les nouveaux venus, les moins connus, ceux qui pour l'une ou l'autre raison ne sont pas des noms qu'on a déjà entendus mais qui valent vraiment le détour. Maybeshewill est très clairement de ceux-là.

Maybeshewill est un groupe britannique, originaire de Leicester, un trio au studio (James Collins, Robin Southby, John Helps), quatuor sur scène (Jamie Ward les rejoint armé de sa basse); Maybeshewill est indépendant, Maybeshewill est même un de ces groupes DIY (Do It Yourself) ; preuve vivante que tout s'apprend et qu'un artiste peut assurer sa production, enregistrement, mastering et distribution lui-même. Maybeshewill c'est donc un groupe de musiciens, un label, une agence de booking, un studio d'enregistrement et une structure de promotion. Je ne sais pas si vous avez idée du travail de bénédictin que ça représente, mais ces garçons en ont, et en veulent !

L'album "Not for want of trying" est leur premier, sorti en 2008. C'est d'ailleurs là que ça devient impressionnant, ce premier album est d'une maturité, d'un aboutissement qui laissent coi. Mélodies, orchestration, enregistrement, mixage ... tout est impeccable, d'un professionnalisme qui donnerait à rougir à bien des professionnels. L'album s'ouvre sur "Ixnay on the autoplay", une introduction en 102 secondes portée au piano et samples aux sonorités réminescentes de 65daysofstatic. Et là, on entre dans le vif du sujet avec "Seraphim & Cherubim" où la batterie arrive, insistante et obsédante, soutenue par une guitare saturée. la force est là, l'émotion est là, le piano revient vite la rejoindre pour ce qui est vite un entrelac de passages léger en dialogue de piano et d'arpèges aériens, et de passages plus lourds qui forcent presque à se lever et courir le poing en avant.

Effectivement comme ouverture ça rappelle tellement 65daysofstatic que beaucoup ont certainement lâché ici en collant une étiquette "YA65DOS" avant d'aller voir ailleurs.

Grave erreur.

Le disque continue avec l'énergique "The Paris Hilton sex tape" et déjà l'alchimie de Maybeshewill fait son effet. Ici il n'y a pas d'usage abusif du contretemps ou d'une boîte à rythme qui flirterait avec le breakcore comme le ferait 65daysofstatic ; ici tout semble s'articuler de façon très naturelle, l'instrumental déroule son histoire tout en sincérité et sans faux artifices, toujours porté par une batterie mise en avant, on se surprend à battre la mesure et il faut bien l'admettre, c'est puissant. Vient "I'm in awe, Amadeus" où un deuxième clavier se joint au premier, les frontières entre musiques électroniques et post-rock se gomment avec un naturel déconcertant, et c'est tellement bon ... et toujours ces crescendo qui savent aller jusqu'à l'instant climactique où les émotions explosent en un paysage sonore terriblement beau. L'émotion se mèle tout aussi bien à la force dans le souple mais énergique "We called for an ambulance but a fire engine came", à ce stade-ci il est bien clair que les comparaisons avec 65daysofstatic n'ont pas lieu d'être, Maybeshewill sait mener un voyage sonore de main de maître.

Du chant à deux voix sur "Heartflusters", le retour de l'urgence, de la détresse sur "C.N.T.R.C.K.T.", la terrible mélancolie de "He films the clouds pt. 2" et comme duo final la plage titulaire "Not for want of trying" et la berceuse "Takotsubo" qui à deux sont comme une preuve que Maybeshewill sait en deux morceau nous promener dans toutes les émotions, tous les paysage qui ont fait de cet album un plaisir dont on ne voit pas passer le temps.

"Not for want of trying" est un album qui sait se faire abordable sans sombrer dans les stéréotype, une belle porte d'entrée vers les expérimentations que la niche post-rock réserve. Je le recommande vivement.


(Cet article a été publié sur La Fougère, blog musical sans restriction.)

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